Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


XVIII. ECRITURE DIRECTE OU PSYCHOGRAPHIE. ECRITURE MEDIANIMIQUE.


L��criture est aussi un des moyens � l�aide desquels les �tres que nous avons aim�s sur la terre peuvent se communiquer � nous et nous transmettre leurs pens�es. Elle se pr�sente sous deux formes : l��criture directe ou psychographie et l��criture m�dianimique

De ces deux modes de manifestations, la psychographie est certainement le plus s�r, le plus facile � contr�ler. Il peut se produire en pleine lumi�re. Le m�dium reste dans son �tat normal, libre de ses agissements, au point qu�il ne semble jouer aucun r�le dans la production du ph�nom�ne. Des feuilles de papier �tant plac�es dans des bo�tes ou des tiroirs ferm�s � cl�, ou bien entre des ardoises doubles, ficel�es et scell�es, sont retrouv�es couvertes d��criture et sign�es des noms de personnes d�funtes.

Dans les temps modernes, le baron Guldenstubb�, le premier, a attir� l�attention publique sur cet ordre de faits par son livre : la R�alit� des Esprits et le ph�nom�ne de leur �criture directe[1].

Sans le concours d�aucune personne, �tant, sans doute, m�dium lui-m�me, dans des conditions tr�s vari�es, il a obtenu de nombreux messages �crits. Ses exp�riences les plus remarquables ont eu lieu au Louvre, au mus�e de Versailles, dans la basilique de Saint-Denis, l�abbaye de Westminster, au British Museum et dans plusieurs �glises ou monuments ruin�s de France, d�Allemagne et d�Angleterre.

Parmi les t�moins de ces faits, il cite M. Delamarre, r�dacteur en chef de la Patrie ; Croisselat, r�dacteur de l�Univers ; R. Dale Owen, Lacordaire, le fr�re du grand orateur, l�historien de Bonnechose, le prince L�onide Galitzin, le r�v�rend W. Mountfort, dont le t�moignage sur ce point a �t� publi� par le Spirilualist du 21 d�cembre 1877.

Le baron disposait des feuilles de son propre carnet en des lieux cach�s, sans crayon, ni quoi que ce f�t pour �crire. Il se retirait � quelques pas, sans perdre de vue un seul instant l�objet de l�exp�rimentation, puis il retirait le papier, sur lequel se trouvaient des messages intelligibles.

Le volume est accompagn� de trente fac-simil�s de psychographies ainsi obtenues et choisies parmi plus de deux cents sp�cimens en vingt langues diff�rentes.

Dans certains cas, des feuilles de papier et des crayons �tant dispos�s sur des tables ou sur le parquet, sous les yeux des exp�rimentateurs, on voit le crayon se dresser comme s�il �tait tenu par une main invisible et tracer des caract�res. D�autres fois, on voit cette main guider et diriger les mouvements du crayon. En d�autres cas, l��criture semble �tre le r�sultat d�une action chimique.

Dans son livre : Recherches sur le spiritualisme, p. 158, W. Crookes cite plusieurs exemples de psychographie :

� Je m��tais assis pr�s du m�dium, Miss Fox ; et les seules autres personnes pr�sentes �taient ma femme et une de ses parentes. Je tenais les deux mains du m�dium dans une des miennes, tandis qu�elle avait pos� ses deux pieds sur les miens. Une feuille de papier avait �t� d�pos�e sur la table, devant nous, et de ma main rest�e libre je tenais un crayon.

� Une main lumineuse descendit du plafond du salon et, apr�s avoir flott� quelques secondes pr�s de moi, prit le crayon de ma main, �crivit rapidement sur la feuille de papier, rejeta le crayon, puis s��leva au-dessus de nos t�tes en se perdant peu � peu dans l�obscurit�. �

Aksakof, dans Animisme et Spiritisme (pp. 112 et 113), cite plusieurs cas, o� des mains d�Esprits mat�rialis�es �crivent sous les yeux des assistants.

Voici des faits plus r�cents, obtenus au village de Douchy (Nord) et pr�sent�s au Congr�s spirite de Paris, 1900, par le docteur Dusart[2] :

� Le 4 mars 1898, la m�dium Maria D.... entour�e de cinq personnes, montre une chaise vide sur laquelle elle dit voir l�Esprit d�Agn�s, sa cousine, d�c�d�e depuis plusieurs ann�es, occup� � �crire sur des morceaux de papier d�coup�s en forme de c�ur. Un instant apr�s, tous les assistants voient une main d�poser sur la table un paquet contenant cinq c�urs en papier, sur l�un desquels est �crite une courte pri�re. M. et Mme N..., parents d�Agn�s, reconnaissent l��criture de leur fille et fondent en larmes.

� A une autre s�ance, on vit, � deux reprises, une plume d�pos�e sur la table se dresser, �crire seule deux lignes et reprendre sa place. �

En d�autres cas, c�est sur l�ardoise que sont trac�es les communications directes.

Ici, une remarque s�impose. Nous savons que certaines radiations exercent une action dissolvante sur les fluides. Une lumi�re trop vive, la fixit� des regards sur le point o� se produisent les exp�riences, peuvent paralyser la force psychique et faire obstacle aux manifestations, alors que, au contraire, l�obscurit� les favorise. Mais celle-ci rend le contr�le plus difficile et diminue la valeur des r�sultats obtenus. Il faut donc y recourir le moins possible, sauf en ce qui concerne les ph�nom�nes lumineux, qu�on ne saurait provoquer sans elle.

Les exp�riences d��criture sur ardoises offrent cet avantage pr�cieux qu�elles peuvent �tre poursuivies en pleine lumi�re et �tre soumises � un contr�le s�v�re, en m�me temps qu�elles r�unissent les conditions les plus favorables � la pr�paration des ph�nom�nes. En effet, les ardoises appliqu�es l�une contre l�autre constituent par leurs faces int�rieures une chambre absolument obscure, semblable � la chambre noire des photographes et, par cela m�me, tr�s propice � l�action fluidique.

Dans toutes les exp�riences que nous allons citer, les ardoises �taient neuves, nettes de tout caract�re, achet�es et apport�es par les exp�rimentateurs ; souvent, afin d��viter toute substitution frauduleuse, elles portent une marque secr�te. Elles �taient, ou solidement li�es par deux, ou bien scell�es et cachet�es et m�me, comme dans le cas de Mme L. Andrews et W. Petty, fortement viss�es l�une contre l�autre. Dans ces conditions, des messages apparaissent � l�int�rieur de ces ardoises, que l�on n�a pas perdues de vue un seul instant. Parfois m�me, les mains des exp�rimentateurs ne les quittent pas. En d�autres cas, ni le m�dium, ni aucun autre des assistants ne touche les ardoises. Un morceau de crayon �tant laiss� dans l�intervalle vide, on entend, pendant toute la dur�e du ph�nom�ne, le grincement de ce crayon sur le schiste et le bruit caract�ristique qui se produit lorsqu�on met la ponctuation ou que l�on barre les t.

Sous le titre Psychography, Stainton Moses, alias Oxon, a �crit, au sujet des ph�nom�nes de l��criture sur ardoises, un ouvrage tr�s document�, o� il cite de nombreux faits observ�s par lui-m�me, dans une p�riode de dix ann�es ; � ces faits, viennent s�en ajouter d�autres de m�me nature, vus et attest�s par des chercheurs non moins s�rieux.

On y trouve des t�moignages collectifs �manant de personnalit�s consid�rables ou d�observateurs sceptiques. Dans le nombre, l�auteur cite souvent les noms de � Sullivan, ministre des �tats-Unis pr�s la cour de Portugal, le conseiller Thiersch, le professeur de droit criminel Wach ; les professeurs Zoellner, Fechner, Weber et Scheibner, de l�Universit� de Leipzig ; Harrison, r�dacteur en chef, du Spiritualist, de Londres ; Robert Dale Owen, ministre des �tats-Unis � Naples, etc.

La plupart de ces faits ayant �t� reproduits dans plusieurs revues et journaux[3], nous n�en citerons qu�un petit nombre :

Sergeant Cox, pr�sident de la Soci�t� psychologique de la Grande-Bretagne, d�clare avoir obtenu plusieurs messages sur ardoise par l�interm�diaire du m�dium Slade. Voici un extrait de son t�moignage :

� Les mains de Slade reposaient sur la table et tout son corps �tait sous mes yeux, des pieds � la t�te. Il prit l�ardoise que j�avais soigneusement inspect�e pour m�assurer qu�il n�y existait aucune trace d��criture et, y d�posant un fragment de crayon d�ardoise, il l�appliqua contre la face inf�rieure du plateau de la table. Aussit�t, j�entendis un bruit comme si on �crivait sur l�ardoise.

� Quelques coups pr�cipit�s ayant indiqu� que l��criture �tait termin�e, l�ardoise fut retourn�e et on put lire la communication suivante, �crite en caract�res clairs et parfaitement form�s : � Cher Sergeant, vous �tudiez un sujet qui m�rite toute votre attention ; l�homme qui arrive � croire � cette v�rit� devient meilleur dans la plupart des cas. Tel est notre but, lorsque nous revenons sur la terre, pouss�s par le d�sir de rendre les hommes plus sages et plus purs. �

Le r�v�rend J. Savage, pr�dicateur de renom, cite le t�moignage d�un rabbin juif de ses amis, sceptique au sujet de la possibilit� de communiquer avec un autre monde :

� Il �tait all� voir un m�dium de Chicago, muni d�un billet qu�il adressait � son p�re d�c�d� quelques ann�es auparavant en Allemagne, et qu�il avait r�dig� en allemand et en caract�res h�bra�ques, afin d�emp�cher le m�dium de d�couvrir, par un moyen quelconque, ce dont il pouvait �tre question. Il pla�a le billet entre deux ardoises qu�il attacha solidement ensemble, et il les fixa sur une suspension qui se trouvait au-dessus de la table � laquelle ils �taient assis. C�est dans ces conditions qu�ayant ouvert les ardoises au bout d�un instant, il y trouva une r�ponse � son billet, sign�e de son p�re et �crite, elle aussi, en allemand avec des caract�res h�bra�ques. �

Parfois, les caract�res trac�s sur l�ardoise sont si petits qu�ils ne peuvent �tre lus sans le secours d�un verre fortement grossissant ; ces caract�res diff�rent suivant les communicants, et le type de chaque �criture se maintient exactement pendant toute la dur�e des exp�riences, si longue soit-elle. Non seulement les traits de l��criture restent constants, mais les messages r�v�lent la pr�sence d�une individualit� consciente qui d�clare avoir v�cu sur la terre, dans la condition humaine. Ils ont leur originalit�, pour le fond et pour la forme ; les intelligences se distinguent nettement les unes des autres par leurs communications, comme elles se distinguent du m�dium.

Certains messages, obtenus en pr�sence de Slade, de Monck ou Watkins, furent �crits en grec ancien ou moderne, en espagnol, portugais, russe, su�dois, hollandais, allemand, arabe ou chinois. Or, tous les t�moins attestent que ni l�un ni l�autre de ces m�diums ne connaissait ces langues. Par cela m�me, il y avait impossibilit� de suspecter la moindre fraude de leur part.

Robert Dale Owen, exp�rimentant avec Slade, avait plac� sur ses propres genoux, en pleine lumi�re, une ardoise recouverte d�une feuille de papier. Une main fluidique, semblable � celle dont parle W. Crookes et venue de dessous la table, apparut et tra�a une communication sur cette feuille

� La main ressemblait en tous points � celle d�une statue de femme, en marbre. Les doigts �taient d�licats. Elle �tait d�tach�e et se terminait en vapeur au niveau du poignet. Elle commen�a d��crire et continua sous mes yeux pendant deux ou trois minutes. Elle glissa ensuite doucement sous la table. Cinq minutes apr�s, une seconde main, plus petite que la premi�re, vint �crire � son tour et disparut comme la pr�c�dente. Le premier message, en anglais, �tait sign� du nom de la femme d�c�d�e du docteur Stade ; le dernier �tait en grec[4]. �

Aucun de ces ph�nom�nes ne saurait �tre consid�r� comme une hallucination, puisque, chaque fois, l��criture reste comme une preuve irr�cusable de l�action des Esprits.

La communication, la plus �tendue re�ue sur ardoises est celle que M. Owen, r�dacteur du Golden Gate, obtint, le 24 d�cembre 1892, avec l�aide du m�dium Evans. Elle s��tendait sur quatorze ardoises doubles, ficel�es et scell�es, qui furent couvertes d��criture en un quart d�heure, et se composait d�un millier de mots[5].

Un autre journaliste, r�dacteur de Light, obtint, par le m�me proc�d�, un message de son p�re d�funt, en dix couleurs diff�rentes. Les ardoises rest�rent ferm�es entre ses mains. Pendant toute la dur�e de l�exp�rience, il s�entretenait avec le m�dium et d�tournait son attention par des questions vari�es. Chaque ligne de la communication est d�une couleur distincte, non pas �crite ou peinte, mais comme pr�cipit�e, par des moyens qui �chappent � l�analyse[6].

En France, le docteur Paul Gibier, pr�parateur au Mus�um, a tout particuli�rement �tudi�, le ph�nom�ne de l��criture directe. En trente-trois s�ances, il obtint, � Paris, en 1886, avec le concours du m�dium Slade, des messages sur ardoises doubles et ferm�es, en diff�rentes langues, dont plusieurs inconnues du m�dium. La reproduction photographique de ces messages se trouve dans l�ouvrage du docteur Gibier : Spiritisme ou Fakirisme occidental[7].

Dans ces exp�riences, le m�dium posait simplement l�extr�mit� de ses doigts sur les ardoises pour communiquer la force psychique. Une fois, les ardoises furent pos�es sur sa t�te, � la vue de tous.

Au Congr�s spirite de Paris, en 1900, le professeur Moutonnier pr�senta des ardoises sur lesquelles des messages de sa fille d�funte �taient trac�s. Cette manifestation s��tait produite en Am�rique, chez les s�urs Bangs. Le professeur �tait tout � fait inconnu en ce pays et les m�diums le voyaient pour la premi�re fois. Il ne perdit pas de vue les ardoises qui ne subirent aucun contact. L��criture est identique � celle qu�avait sur terre Mlle Moutonnier[8].

Les ph�nom�nes d��criture directe, quoique fr�quents, sont surpass�s en nombre par ceux de l��criture m�dianimique. La facult� des m�diums �crivains est une des plus r�pandues et celle qui offre les aspects les plus divers.

Le proc�d� des communications par coups frapp�s ayant paru trop lent � certains exp�rimentateurs, ils imagin�rent de construire des appareils sp�ciaux, comme le cadran ou la planchette � �crire [9], afin de faciliter les manifestations. On simplifia encore. Quelques personnes eurent l�id�e de se substituer elles-m�mes � tout appareil. Saisissant un crayon, elles s�abandonn�rent � l�impulsion ext�rieure et re�urent des messages dont elles n�avaient pas conscience et qui paraissaient �maner d�Esprits de d�funts.

Mais bient�t, on se heurta � de nombreuses difficult�s. D�abord, on dut reconna�tre que l�automatisme de la main qui �crit ne constitue pas, � lui seul, un ph�nom�ne spirite. Les exp�riences, de Gurney et Myers, en Angleterre, sur l��criture des somnambules au r�veil ; celles de MM. Pierre Janet, Ferr�, docteur Binet, etc., en France, d�montr�rent qu�on peut provoquer l��criture automatique chez un sujet au moyen de la suggestion et donner � ce ph�nom�ne toutes les apparences de la m�diumnit�.

Des sujets hypnotis�s recevaient des exp�rimentateurs l�ordre de jouer, � leur r�veil, tel ou tel personnage, d��crire des ordres, des messages, se rapportant au r�le impos�. La suggestion s��tant r�alis�e de point en point, M. Pierre Janet et, avec lui, d�autres savants crurent avoir d�couvert, dans l�action post-hypnotique, l�explication de tous les ph�nom�nes de l��criture m�dianimique. Les m�diums, dirent-ils, se suggestionnent eux-m�mes, ou bien ils subissent une suggestion ext�rieure.

D�autres, comme Taine et le professeur Flournoy, attribuent les communications � l�influence de la personne seconde, c�est-�-dire d�un deuxi�me moi subconscient ou � subliminal �, qui leur parait exister en nous et qui, dans les cas de m�diumnit�, se substituerait � la personnalit� normale pour agir sur la pens�e et la main du sensitif.

A ces difficult�s, il faut encore ajouter l�action t�l�pathique des vivants � distance et la transmission de pens�e.

On le voit, le ph�nom�ne de l��criture m�dianimique se rattache aux probl�mes les plus d�licats de la personnalit� et de la conscience, aux �tats anormaux de l��me, consid�r�e dans ses multiples manifestations.

Nous devons de la reconnaissance aux savants qui ont �tudi� ces probl�mes complexes. Leurs recherches nous ont fourni des indications pr�cieuses permettant d��liminer du domaine des recherches psychiques certaines causes d�erreur. Mais nous ne saurions accepter leurs conclusions, aussi exag�r�es dans leur exclusivisme que celles des croyants, enclins � voir, dans tous les ph�nom�nes, une intervention des d�funts. In medio stat veritas. Les causes d�erreur, �tant d�termin�es et les faits qui s�y rattachent soigneusement �cart�s, nous verrons qu�il reste un grand nombre de manifestations absolument inexplicables par les th�ories de nos contradicteurs.

Tels sont les messages exprimant des id�es tout � fait impr�vues, en opposition avec celles des assistants, et ceux en langues �trang�res inconnues des m�diums. Il faut rappeler, en outre, les communications obtenues par des illettr�s ou par des enfants en bas �ge, ainsi que les r�ponses scientifiques et litt�raires donn�es � des personnes nullement vers�es en ces mati�res ; puis, les autographes et les signatures de personnes d�c�d�es, reproduits m�caniquement par des m�diums qui ne les ont jamais connues et n�ont vu aucun �crit de leur main. Il n�est pas jusqu�aux communications triviales et grossi�res, obtenues dans des r�unions honn�tes, qui ne d�montrent l�intervention d�une intelligence �trang�re. On ne saurait, par exemple, attribuer � la suggestion le mot � historique� que des Esprits arri�r�s s�amusent � dicter par la table ou le crayon.

Remarquons qu�il n�y a pas de corr�lation v�ritable entre l�automatisme des sujets hypnotis�s et l�action du m�dium �crivain. Celui-ci n�a subi au pr�alable aucune influence hypnotique. Il n�a pas �t� plong� dans le sommeil et reste en possession compl�te de son libre arbitre et de sa volont�. Il peut rejeter, s�il lui pla�t, les inspirations qu�il re�oit et se refuser � toute coop�ration. Tandis que le sujet hypnotis� est encore, apr�s le r�veil, sous l�empire du suggestionneur et subordonne sa volont� � la sienne. Il ne saurait se soustraire � son action, tandis que le m�dium agit de son plein gr� et pr�te volontairement son cerveau et sa main en vue des r�sultats poursuivis.

Autre consid�ration. Le sujet hypnotis� ne r�alise la suggestion que dans la limite restreinte de ses aptitudes et de ses connaissances normales. Aussi, son langage et ses �crits sont toujours d�une banalit� d�sesp�rante, enti�rement d�pourvus des preuves d�identit� et des r�v�lations spontan�es qui font tout le prix des messages spirites. En vain sugg�rerez-vous � un sujet sans instruction qu�il est �crivain ou po�te : il ne produira rien d�original, rien de remarquable. Il n�en est pas ainsi des m�diums, dont les messages d�passent souvent l�intelligence et le savoir. On a m�me vu des communications d�une grande port�e �crites par des enfants.

Dans cet ordre de faits, le crit�rium est celui-ci : Par la suggestion hypnotique, les productions des sujets sont toujours ad�quates � leur valeur normale ; dans la m�diumnit�, elles sont presque toujours sup�rieures � la condition et, au savoir de l��crivain. L��criture automatique et inconsciente des hyst�riques de M. Janet n�est jamais spontan�e ; elle ne se produit qu�apr�s un long entra�nement, une �ducation sp�ciale ; elle est, en outre, restreinte � des femmes.

Quant � la th�orie du subliminal, ch�re � M. Flournoy, il est vrai qu�il existe dans la conscience profonde de chacun de nous des souvenirs, des impressions, des connaissances, provenant de nos existences ant�rieures et m�me de la vie actuelle, et qui peuvent �tre r�veill�es dans certaines conditions, comme nous le verrons au chapitre des incorporations. Mais ce r�veil n�est possible que dans l��tat somnambulique, et, nous venons de le voir, cet �tat n�est pas celui des m�diums �crivains.

L�inconscient ou le subconscient n�est pas un �tre, mais simplement un �tat de l��tre. Il ne saurait produire de lui-m�me les manifestations vari�es que nous avons pass�es en revue : communications intelligentes, frapp�es ou �crites, avec ou sans crayon ou au moyen de couleurs pr�cipit�es, et tous les ph�nom�nes faisant l�objet de ces �tudes. Et d�ailleurs, on peut toujours se demander pourquoi ces inconscients cach�s en nous seraient unanimes � se dire les Esprits des morts. On ne voit pas quelle raison pousserait l�esprit d�gag� du m�dium, pas plus que l�inconscient, � s�identifier avec l�esprit d�un autre homme d�c�d�. S�il existe en nous une seconde personnalit� poss�dant des aptitudes et des connaissances sup�rieures à la personnalit� normale, elle doit �tre non moins bien dou�e sous le rapport de la moralit� et avoir horreur du mensonge. Comment admettre alors que, chaque fois qu�elle se manifeste, elle se fasse un malin plaisir de nous tromper ?

La th�orie d�un �tre collectif conscient, cr�� par les intelligences des personnes participant aux exp�riences, ne r�pond pas davantage � la r�alit� des faits. Elle est d�truite par les oppositions de vues et les cas d�identit� qui se r�v�lent fr�quemment dans les manifestations.

W. Crookes, si prudent en toute chose, s�est prononc� sur ce point d�une mani�re pr�cise[10] :

� L�intelligence qui dirige ces ph�nom�nes est parfois manifestement inf�rieure � celle du m�dium et elle est souvent en opposition directe avec ses d�sirs. Quand une d�termination a �t� manifest�e de faire quelque chose que l�on ne peut consid�rer comme raisonnable, j�ai vu donner de pressants messages invitant � r�fl�chir de nouveau. L�intelligence est parfois d�un tel caract�re, qu�elle nous porte � croire qu�elle n��mane d�aucune des personnes pr�sentes. �

Toutes les explications que l�on a voulu donner de l�ensemble des ph�nom�nes, en �liminant l�intervention des Esprits, n�ont pu r�sister � la puissance des faits accumul�s, ni aux proc�d�s d�une s�v�re critique et d�un rigoureux examen. Elles ont seulement r�ussi � d�montrer, l�insuffisance des recherches et des observations de leurs auteurs. La th�orie spirite, seule, s�adapte � l�immense majorit� des faits. Elle pr�sente deux avantages incontestables : celui de rendre compte de tout � l�aide de principes simples, clairs, facilement compr�hensibles ; et cet autre, non moins consid�rable, de n�avoir pas �t� con�ue par des exp�rimentateurs b�n�voles, mais d��tre constamment et invariablement formul�e par la cause intelligente des manifestations.

Ceci dit, passons � l�examen des faits.

Les faits d��criture m�dianimique sont aussi anciens que l�histoire. L�antiquit� et le moyen �ge en fournissent de nombreux exemples.

Retir� au fond d�une caverne, Mahomet, d�un mouvement f�brile, couvre de caract�res des feuilles qu�il rejette au hasard. On r�unit ces feuilles �parses, on les coordonne, et que trouve-t-on ? Le Coran ! Le Christ, lui-m�me, interroge la pens�e supr�me et �crit la r�ponse sur le sable, � certaines heures, par exemple, dans le cas de la femme adult�re. J�r�me Cardan[11] d�clare que ses oeuvres ont �t� ex�cut�es avec la collaboration d�un Esprit.

Presque tous ceux qui ont jet� dans le monde des ferments de progr�s, de justice, de v�rit�, ont �t� les interm�diaires de l�Au-del�, comme des miroirs o� se r�fl�chissait le rayonnement de la pens�e sup�rieure. Leur nombre serait plus grand encore, si notre �tat d�inf�riorit� ne rendait ces hautes manifestations difficiles � r�aliser dans notre monde mat�riel. La part � faire � chaque m�diumnit�, en ce domaine, ne saurait �tre pr�cis�e ; l�intuition s�y m�le �troitement � l�automatisme.

Dans les temps modernes, la facult� d��crire sous une impulsion occulte s�est r�v�l�e avec plus de nettet� chez certains individus. Citons les cas les plus c�l�bres :

Hudson Tuttle, de Cleveland (Ohio), �tait, � 18 ans, un simple gar�on de ferme, sans �ducation, ni instruction, occup� tout le jour aux p�nibles travaux des champs. Il �crivit, pendant la nuit, sous l�inspiration des Esprits, un livre admirable : Arcanes de la Nature, qui devan�ait de beaucoup les connaissances scientifiques du temps. Il n�avait � sa port�e ni livres, ni biblioth�ques, car ses parents demeuraient dans les bois et ne s�occupaient que d�agriculture. L�ouvrage fut publi� en 1860, avec un appendice indiquant son origine. Il eut trois �ditions en Am�rique, fut r��dit� depuis en Angleterre, traduit en, allemand par le docteur Aschenbrenner et publi� � Leipsick.

D�tail curieux, le docteur B�chner, chef de l��cole mat�rialiste allemande, lut l�ouvrage sans pr�ter aucune attention � l�appendice, crut qu�il �manait d�un homme de science et y puisa de nombreuses citations, qui figurent dans son livre c�l�bre : Force et Mati�re, sans d�signation d�auteur.

Le docteur Cyriax en fit la remarque, et lorsque B�chner alla en Am�rique faire une s�rie de conf�rences, il passa � Cleveland et demanda � voir Hudson Tuttle, � d�sireux qu�il �tait �, disait-il, � de faire la connaissance d�un homme qui lui avait �t� d�un si grand secours pour son ouvrage �.

Le m�dium lui fut pr�sent� lors d�un banquet. Mais le d�sappointement de B�chner fut grand lorsqu�il vit le jeune homme ; et, lorsqu�il apprit de quelle fa�on les Arcanes avaient �t� �crits, il crut � une farce. Le docteur Cyriax et M. Teime, �diteur du journal allemand de Cleveland, eurent beaucoup de peine � le dissuader[12].

Le grand �crivain Hasdeu, s�nateur de Roumanie, historien et philologue, avait cinquante-trois ans lorsqu�il perdit sa fille unique, fauch�e � seize ans par la tuberculose. Cette perte provoqua une orientation nouvelle dans l�esprit d�Hasdeu, qui a m�me expliqu� son initiation au spiritisme dans le prologue de Sic cogito, le seul de ses ouvrages �crit en ce sens.

� Il s��tait �coul� six mois depuis la mort de ma fille, c��tait en mars (1889) ; l�hiver �tait parti ; le printemps se faisait encore attendre. Un soir humide et maussade, j��tais assis seul � ma table de travail. Devant moi, comme de coutume, il y avait une rame de papier et plusieurs crayons.

� Comment ? Je ne sais ; mais, sans le savoir, ma main prit un crayon et en appuya la pointe sur le papier qui luisait. Je commen�ai � sentir � ma tempe gauche des coups brefs et profonds, exactement comme si on y avait introduit un appareil t�l�graphique. Tout � coup ma main se mit en mouvement sans arr�t. Cinq minutes tout au plus. Quand mon bras s�arr�ta et que le crayon s��chappa de mes doigts, je me crus r�veiller du sommeil, bien que je fusse certain de ne m��tre pas endormi. Je jetai un regard sur le papier et j�y lus sans aucune difficult� :

Je suis heureuse ; je t�aime, nous nous reverrons ; cela doit le suffire.

Julie Hasdeu[13].

� C��tait �crit et sign� de la propre �criture de ma fille. �

Tout l�ouvrage Sic cogito sert � expliquer cet �v�nement, le premier de toute une s�rie de communications spirites qui devait s��tablir entre l�Esprit de Julie Hasdeu, de � Lilica �, comme la nommait son p�re, et l�intelligence extr�mement tendue et suggestionnable de Hasdeu lui-m�me.

Les communications m�diumniques eurent depuis lors une influence m�me sur les travaux litt�raires de Hasdeu. Dans un article sur ce dernier, publi� dans le Mercure de France, 16 novembre 1907, M. M. Craiovan reproduit le fac-simil� de quelques lignes d��criture automatique obtenue par Hasdeu dans une s�ance de spiritisme qui eut lieu chez lui, le 13 novembre 1890, et � laquelle prirent part le docteur Steiner, les professeurs Florescu et Sperautia, le chevalier de Sazzara, consul g�n�ral austro-hongrois, enfin V. Cosmovici, qui servit de m�dium. Tout � coup Hasdeu re�ut une communication russe, cens�e venir de son p�re, et dont voici le contenu : � En qualit� de dernier descendant de la famille, tu dois continuer le tr�sor de la langue moldave : Etimologicum magnum Romani�. � Ce document automatique eut toujours pour Hasdeu la valeur d�une v�ritable r�v�lation : il lui prouvait la r�alit� des inspirations que subissait sa vie mentale. Il a rapport� longuement, et non sans un certain esprit critique, les motifs qui le portaient � croire au caract�re spiritique de cette r�v�lation. D�ailleurs, il avait d�j� �t� frapp�, par cette id�e de Louis Figuier, que les artistes, �crivains, penseurs, apr�s avoir subi la perte d�un �tre aim�, sentent s�accro�tre leurs facult�s. Il semblerait que les aptitudes intellectuelles de la personne morte viennent s�ajouter aux leurs et enrichir leur g�nie. � En tout cas, cette communication m�diumnique valut � la Roumanie un ouvrage philologique, qui, tout en �tant rest� inachev�, est certainement l�un des tr�sors les plus pr�cieux de sa langue.

Un jour que les railleries niaises atteignaient son spiritisme, � seule religion exp�rimentale � possible selon lui, Hasdeu se crut oblig� de d�montrer sa bonne foi. � En histoire, �crivit-il, en philologie, dans toutes les sph�res de la connaissance, j�ai toujours �t� sceptique, repoussant l�autoritarisme d�en haut et la popularit� d�en bas, et me frayant partout seul, par mes propres recherches, en allant � la source de tout, une voie nouvelle, bonne ou mauvaise, telle que je l�entendais, mais d�un c�ur pur, sans crainte de personne, sans utilit� personnelle, sans flatterie, sans r�clame. � (Sic cogito, chap. 1er)[14].

Le r�v�rend Stainton Moses, pasteur de l��glise anglicane, savant et penseur estim�, tr�s imbu des dogmes de la th�ologie protestante, devint aussi m�dium �crivain m�canique. Dans son ouvrage : Enseignements spiritualistes, il expose l��tat d�esprit dans lequel il accueillait les communications du monde invisible. Les id�es, pour lui nouvelles, que les messages contenaient, soulevaient ses protestations, et ce fut apr�s bien des luttes int�rieures qu�il finit par les adopter comme �tant plus conformes � la justice et � la bont� de Dieu.

Il prit toujours une peine extr�me pour �viter que ses propres pens�es exer�assent une influence quelconque sur les sujets trait�s, jusqu�au point de s�appliquer � lire, dans le texte m�me, des ouvrages grecs, au moment o� sa main subissait l�impulsion.

Il existait entre lui et ses instructeurs spirituels, connus sous les noms d�Imperator, Rector et Prudeus, une telle divergence de vues, qu�il n�est vraiment pas possible d�attribuer ces personnalit�s distinctes � des d�doublements inconscients du m�dium.

Stainton Moses affirme que ces Esprits lui ont souvent r�v�l� des faits absolument inconnus de toutes les personnes participant aux s�ances, faits reconnus exacts ult�rieurement. Voici un de ces cas, extrait de l�ouvrage indiqu� plus haut[15] :

� Le 29 mars 1894, une communication fut �crite dans mon cahier. L��criture m��tait inconnue, tr�s tremblante, et heurt�e ; elle paraissait trac�e par une personne extr�mement faible et �g�e. La signature resta une �nigme jusqu�� ce qu�elle f�t d�chiffr�e par l�Esprit-contr�le. Ce message �manait d�une vieille femme, dont je n�avais jamais entendu parler ; elle �tait morte � plus de 90 ans, dans une maison peu �loign�e de celle o� notre cercle se r�unit. Le nom de la r�sidence o� s��taient �coul�es les premi�res ann�es de cette dame, son �ge, la date du d�c�s, furent donn�s tr�s exactement. L�Esprit avait quitt� la terre depuis quelques mois. A son r�veil dans l�espace, sa vieille demeure l�avait attir�e, puis le cercle qui se trouvait dans le voisinage imm�diat. �

Nous retrouvons les m�mes faits en France. Un certain nombre d��uvres y ont �t� �crites ou dict�es par des Esprits.

On peut citer : la Clef de la Vie, deux gros volumes, �crits, en 1856, par Michel, de Figani�res, jeune paysan du Var, �g� de 22 ans, et qui furent signal�es dans le Si�cle par un bel article de Louis Jourdan ; les Vies myst�rieuses et successives de l��tre humain et de l��tre terre[16] ; puis les Origines et les Fins[17], ouvrage obtenu par l�action m�dianimique de plusieurs dames lyonnaises, en superposant leurs mains les unes sur les autres.

Nous devons signaler, en outre, la Survie, �cho de l�Au-del�, recueil de communications remarquables, dict�es par des Esprits et publi�es par Mme Noeggerath en 1807[18], avec une pr�face de M. Camille Flammarion.

Le Bulletin de la Soci�t� des �tudes psychiques de Nancy, 1901[19], publie une communication faite � une s�ance de cette Soci�t�, le 29 mars, par M. Fouquet, r�dacteur en chef de l��toile de l�Est, sur des ph�nom�nes d��criture m�dianimique, obtenus en sa pr�sence par M. P..., son collaborateur, mat�rialiste d�termin�. Nous en d�tachons les passages suivants :

� L��criture variait � l�infini, suivant l�Esprit qui dictait. Chaque �criture �tait facilement reconnaissable et, d�s les premiers mots, nous savions � qui nous avions affaire. Dans ces �critures si dissemblables, jamais je ne reconnus celle de P... et il lui aurait fallu un remarquable talent de faussaire pour lui faire rev�tir des formes aussi multiples.

� P... ignorait absolument ce qu�il �crivait. Pendant, que sa main tra�ait les caract�res, son regard devenait l�g�rement fixe et ne se dirigeait jamais du c�t� de la feuille. Cependant, il ne dormait pas.

� Un jour, une personnalit� nouvelle se r�v�la sous le nom d�Alphantis, nous disant avoir v�cu au septi�me si�cle, en Arm�nie, o� il �tait pontife. Nous cr�mes � une mystification et nous lui d�mes. Donnez-nous donc votre nom en �criture arm�nienne.

� Aussit�t, l��criture du m�dium changea et nous v�mes appara�tre une sorte de signature en caract�res inconnus, puis une phrase enti�re, en caract�res analogues, et apr�s elle la traduction.

� Aucun de nous ne savait l�arm�nien et nous ne pouvions v�rifier. J�eus l�id�e de demander � l�Esprit l�alphabet arm�nien, afin d�avoir un moyen de contr�le. L�alphabet vint, avec les lettres correspondantes. En comparant cet alphabet avec les phrases �crites auparavant et le nom m�me d�Alphantis, nous reconn�mes qu�il y avait concordance.

� Alphantis nous donna sur l�histoire et la g�ographie de l�ancienne Arm�nie des renseignements que nous p�mes en partie contr�ler. Le m�dium ne connaissait pas ces d�tails. � Les exp�rimentateurs ne purent se procurer aucun fragment d��criture arm�nienne du septi�me si�cle, mais seulement une phrase en arm�nien moderne. Quoique tr�s diff�rente l�une de l�autre, comme le serait le fran�ais moderne compar� � celui du septi�me si�cle, l�Esprit put la traduire, et un �tudiant bulgare, qui connaissait un peu l�arm�nien, confirma la traduction.

Nous empruntons au m�moire pr�sent� par le docteur Dusart au Congr�s de Paris, en 1900[20], les paragraphes suivants, relatifs aux m�diums �crivains qu�il utilise dans ses exp�riences :

� Maria D... �crit automatiquement. Le caract�re de l��criture et l�orthographe varient suivant les manifestants. On reconna�t l��crivain avant qu�il ait sign�. Dans plusieurs cas, la comparaison de l��criture du mort avec celle du vivant r�v�le de frappantes ressemblances.

� Quatre fillettes, de 9 mois, 23 mois, 3 et 4 ans, ont �crit, seules ou r�unies � une m�me table. Les communications obtenues, lorsqu�elles �taient simultan�es, repr�sentaient la m�me pens�e sous trois formes diff�rentes. Ces enfants secouaient les bras et les mains comme pour �chapper a une �treinte.

� Mme B..., ouvri�re des champs, compl�tement illettr�e, au point que plus d�un mois de le�ons et d�efforts n�ont pu arriver � lui apprendre � donner sa signature pour un acte notari�, obtint, sous l�influence d�un Esprit, une demi-page d�une �criture informe contenant des conseils. �

Nous citerons encore, d�apr�s Luce e Ombra, de Milan, juillet 1905, le fait que voici :

� Un modeste concierge de l�h�tel des Postes, nomm� Peziardi, connaissait � peine un peu d�italien et, n�anmoins, �crivait des po�sies en des langues ignor�es de lui. Un soir, il remplit une grande page de papier ministre d�une s�rie de signes que personne ne pouvait interpr�ter. Cette �trange �criture fut pr�sent�e au professeur Gorresio, c�l�bre pal�ographe, alors directeur de la Biblioth�que de l�Universit�. Celui-ci, profond�ment stup�fait, demanda qui avait �crit une page semblable, et on le mit au courant de toute l�histoire. Il serait impossible de d�crire l��tonnement du savant et plus encore celui de son visiteur, lorsque celui-ci apprit que cet �crit �tait la reproduction int�grale d�une inscription runique, qui depuis bien des ann�es reposait inexpliqu�e au mus�e d�arch�ologie, et que Gorresio avait tent�, � plusieurs reprises, d�interpr�ter, mais vainement, parce que le temps avait effac� beaucoup de signes ; en outre, la pierre �tant rompue, il avait �t� impossible de deviner la fin. Maintenant, mis en possession du texte complet, il lisait qu�un certain chef barbare implorait la protection de la divinit� sur sa tribu, etc... De ce jour, Gorresio fut converti au spiritisme. Dans une s�ance subs�quente, le chef barbare se manifesta, d�clarant exacte la traduction du pal�ographe et ajoutant que son inscription avait �t� bris�e par un coup de foudre. �

Sous le nom de � cross-correspondance �, les exp�rimentateurs anglais ont imagin� un nouveau proc�d� de communication au moyen de l��criture m�dianimique, qui serait de nature � �tablir, d�une mani�re plus pr�cise, l�identit� des manifestants. Voici en quels termes Oliver Lodge, recteur de l�Universit� de Birmingham, rend compte de ces exp�riences dans son discours � la Society for psychical Researchs, le 30 janvier 1908 :

� Les communiquants ostensibles ont compris aussi bien que nous la n�cessit� des preuves d�identit�, et ils ont fait tous leurs efforts pour satisfaire cette exigence rationnelle. Quelques-uns parmi nous pensent qu�ils y sont arriv�s, d�autres doutent encore. Je suis un de ceux qui, tout en d�sirant obtenir des preuves nouvelles plus efficaces et plus continues, pensent cependant qu�un grand pas a �t� fait et qu�il est l�gitime d�admettre ces moments de rapport lucides avec les personnes d�c�d�es, qui, dans les meilleurs cas, viennent apporter une nouvelle masse d�arguments, comme faisant de cette hypoth�se la meilleure hypoth�se de travail.

� Nous trouvons, en effet, que les regrett�s Ed. Gurney, Rich. Hodgson, F. Myers et d�autres moins connus semblent se mettre en communication constante avec nous, avec l�id�e bien arr�t�e et expresse de nous d�montrer patiemment leur identit� et de nous donner le contr�le r�ciproque de m�diums �trangers les uns aux autres. Nous trouvons �galement que leurs r�ponses � des questions sp�ciales sont faites d�une fa�on qui caract�rise leur personnalit� bien connue et r�v�le des connaissances qui �taient de leur comp�tence. �

� La cross-correspondance, ajoute sir Lodge, c�est-�-dire la r�ception par un m�dium d�une partie de communication et de l�autre partie par un autre m�dium, chacune de ces parties ne pouvant �tre comprise sans le secours de l�autre, est une bonne preuve qu�une m�me intelligence agit sur les deux automatistes. Si, en outre, le message porte la caract�ristique d�une personne d�c�d�e et est re�u � ce titre par des personnes qui ne la connaissaient pas intimement, on peut y voir la preuve de la persistance de l�activit� intellectuelle de cette personne. Si, enfin, nous obtenons d�elle un morceau de critique litt�raire qui est �minemment dans sa fa�on et ne pourrait venir d�individus ordinaires, alors je d�clare qu�une telle preuve, absolument frappante, tend � prendre le caract�re de cruciale. Telles sont les esp�ces de preuves que la soci�t� peut communiquer sur ce point.

� Les fronti�res entre les deux �tats, le pr�sent et le futur, sont encore appr�ciables, mais elles tendent � s�effacer par place. De m�me qu�au milieu du grondement des eaux et des bruits divers, pendant la perc�e d�un tunnel, nous entendons de temps � autre le bruit des excavateurs qui viennent vers nous du c�t� oppos�, de m�me, par intervalle, nous entendons les coups de pic de nos camarades pass�s dans l�Au-del�. �

Dans leur esprit d�initiative, les Anglais ne s�en sont pas tenus l�. Ils ont �tabli un bureau de communications r�guli�res avec l�autre monde. C�est le vaillant �crivain W. Stead qui l�a fond� � Londres, sur les instances d�une amie disparue, Mlle Julia Ames : de l� son nom de bureau Julia. Cet Esprit d�sire venir en aide � tous les d�sincarn�s qui cherchent � entrer en rapport avec les vivants laiss�s derri�re eux, de m�me qu�aux incarn�s, �prouv�s par la perte d�un �tre regrett�. Pour �tre admis � demander une communication, Julia, qui dirige elle-m�me les s�ances, ne requiert que deux choses : une affection sinc�re et licite entre le vivant et le mort, ainsi qu�une �tude pr�alable de la question spirite. Aucune r�tribution n�est tol�r�e par elle. Le solliciteur, sa requ�te prise en consid�ration, est envoy� pr�s de trois m�diums diff�rents, et tous les r�sultats sont enregistr�s.

D�j�, depuis sa fondation, ce bureau a pu �tablir de nombreux rapports avec l�invisible. � Il a jet� un pont d�un bord � l�autre de la tombe, � a dit W. Stead avec quelque raison.

La client�le du bureau Julia se recrute surtout parmi les gens instruits et �clair�s : docteurs, professeurs, avocats, etc. Un reporter du Daily News �crit qu�il y accompagna un jour un auteur bien connu, dont on serait �tonn� de voir le nom m�l� � cette affaire. Cet auteur d�sirait obtenir une manifestation d�un ami d�c�d�. Le consentement de Julia accord�, on le mit, selon l�usage, successivement en rapport avec trois m�diums assist�s par un st�nographe, et un proc�s-verbal d�taill� de chaque s�ance fut �tabli. A une de ces s�ances, son habitation fut d�crite exactement avec ses abords ; � une autre, il re�ut un message qu�il jugea provenir certainement de son ami d�c�d�.

Dans un compte rendu publi� par Light, de Londres, M. W. Stead s�exprime ainsi :

� Dans le cours de deux ans, cinq cents demandes vinrent de  toutes les parties du monde. Sur ce nombre, cent vingt-six n�ont jamais fait conna�tre les r�sultats obtenus. Cent soixante et onze ont �crit qu�ils avaient la conviction d�avoir �t� mis en communication avec leurs parents d�c�d�s. Quatre-vingts ont r�pondu que le r�sultat �tait peut-�tre satisfaisant, mais qu�ils n�osaient pas l�affirmer. Enfin cinquante-trois ont d�clar� qu�ils n�avaient pas obtenu de communication des leurs. Les succ�s furent plus nombreux qu�on ne s�y attendait et de nature � d�truire l�hypoth�se que la t�l�pathie peut �tre propos�e pour expliquer les messages obtenus. Les demandeurs ont d�clar� que, lorsqu�ils fixaient leur attention sur un sujet, ce n��tait jamais celui-l� qui �tait trait�, et les preuves obtenues n��taient pas celles que sollicitaient les questions. La t�l�pathie ne peut donc expliquer de tels faits. �

L��tude de ces ph�nom�nes d�montre que les m�diums �crivains doivent �tre class�s en trois cat�gories, suivant la nature de leurs facult�s. Ce sont :

1� Les automates purs. Ceux-l� n�ont pas conscience de ce qu�ils �crivent ; leur bras seul est influenc� ; leurs mouvements sont brusques et saccad�s, et ils ont parfois une certaine peine � lire ce qu�ils ont obtenu. Cette facult� est celle qui offre le plus de garantie, le m�dium n��tant qu�un instrument ou plut�t un agent passif, dont la pens�e et la volont� restent ind�pendantes des mouvements de la main.

2� Les �crivains semi-m�caniques, chez qui le cerveau et la main sont �galement impressionn�s. Ils ont conscience de ce qu�ils �crivent, et les mots viennent � leur pens�e au moment m�me o� ils se forment sur le papier.

3� Les �crivains intuitifs ou inspir�s, dont le cerveau seul est influenc�. Cette facult� est incertaine, parfois trompeuse, car les pens�es du sujet se m�lent fr�quemment � celles de l�inspirateur occulte et il est difficile de les distinguer les unes des autres. De l�, l�h�sitation de certains m�diums de cet ordre. Ils ne doivent cependant pas n�gliger ce mode de travail, qui se perfectionne par l�exercice et peut devenir, avec le temps, une m�thode pr�cieuse de communication.

Nous avons souvent remarqu� ce fait dans la m�diumnit� intuitive. La part intellectuelle du m�dium, consid�rable au d�but dans les messages, au point qu�on peut h�siter sur le caract�re m�me de cette facult�, s�amoindrit peu � peu, et la part de l�Esprit s�accro�t graduellement, au point de devenir pr�pond�rante. On retrouvera toujours, dans les communications obtenues, des termes, des expressions, des tournures de phrases famili�res au m�dium et dont il fait un usage courant, mais l�originalit�, la divergence des id�es et des vues exprim�es s�affirmeront de plus en plus ainsi que leur sup�riorit� sur celles du sensitif.

Aux m�diums qui seraient port�s � s�attribuer le m�rite exclusif des communications obtenues, nous signalerons le fait suivant, rapport� par le capitaine Bloume, dans sa lettre � M. L. Gardy, publi�e par le Messager, de Li�ge, du 15 avril 1900 :

� Dans un groupe d�officiers du 57e de ligne, un sous-lieutenant, homme tr�s ordinaire comme esprit et intelligence, peu instruit, mais bon m�dium, se figurait tirer de sa t�te d�assez belles communications morales et commen�ait � se croire infiniment de talent personnel comme �crivain, quand, un beau jour, � la soir�e hebdomadaire, au milieu d�une belle phrase, il s�arr�te net. Impossible de continuer; sa t�te se refuse � rien, absolument rien produire. Pendant ce temps, un autre m�dium expliquait que, sans qu�on l�e�t demand�, les Esprits donnaient une le�on d�humilit� � ce m�dium pr�somptueux.

� A une autre s�ance, ce m�me m�dium �crivait, sur trois feuilles de papier juxtapos�es, trois communications compl�tement diff�rentes, en r�digeant seulement une ligne sur chaque feuille successivement, et cela avec la plus grande nettet� et la rapidit� habituelle. �

Au cours de nombreuses s�ances d�exp�rimentation, il nous est arriv� souvent de poser � des m�diums intuitifs des questions improvis�es, d�un ordre tr�s �lev�, intentionnellement abstrait, bien au-dessus de leurs conceptions personnelles. Elles �taient r�solues d�un trait, en des messages fort �tendus, dont la forme, aussi remarquable que le fond, ne comportait ni modifications, ni ratures ce que les sensitifs eussent �t� incapables de faire, de leur propre mouvement, sans une assistance occulte.

Malgr� les diff�rences d�opinion et d��ducation religieuse qui distinguaient nos m�diums entre eux, tous les enseignements qu�ils recevaient et transmettaient sur la vie future et l��volution des �mes �taient identiques dans leurs grandes lignes, dans leurs traits essentiels. L�un d�eux, tr�s oppos� � la croyance aux existences successives, recevait journellement des communications sur la r�incarnation et ses lois. D�autres, tr�s imbus des id�es catholiques ou protestantes orthodoxes, obtenaient des messages d�montrant que les conceptions de paradis et d�enfer sont erron�es ou tout au moins all�goriques, et ne reposent sur rien de r�el ; enfin, tout un ensemble de notions sur l�Au-del� diff�rant essentiellement de celles qui leur �taient famili�res et leur avaient �t� inculqu�es profond�ment et d�s l�enfance.

Ces manifestations �taient souvent confirm�es par la vue et la description des Esprits qui se tenaient pr�s des sensitifs, les dirigeant et les inspirant. Dans ces conditions, le m�dium voyant compl�tait le m�dium �crivain. Il est bon d�avoir ainsi, dans un groupe, plusieurs sujets dont les facult�s, diverses se contr�lent r�ciproquement.

La m�diumnit� intuitive, disions-nous, ne doit pas �tre d�daign�e, car par l�usage elle s�augmente et se pr�cise. Toutefois, il ne faut jamais n�gliger � et c�est le cas pour toutes les productions m�dianimiques � d�en passer les r�sultats au crible de notre raison et de notre jugement.

La cr�dulit� n�est pas un moindre mal que le scepticisme intransigeant. Le discernement, une certaine �ducation scientifique, sont n�cessaires pour d�terminer l�origine v�ritable et la valeur des communications, pour faire la part des diff�rentes causes en action dans le ph�nom�ne.

L�authenticit� des messages est parfois difficile � �tablir. L�abus de noms c�l�bres, de personnalit�s honor�es parmi les hommes se pr�sente fr�quemment et devient un �l�ment de doute et de trouble pour les observateurs. Certaines productions, d�une banalit� d�plorable et d�un style incorrect, sign�es de noms illustres, �veillent la suspicion et portent bien des hommes � consid�rer le spiritisme comme une grossi�re mystification. Pour l�examinateur froid et impartial, ces abus d�montrent simplement une chose. C�est que l�auteur du message n�est pas toujours ce qu�il dit �tre. Dans le monde invisible, comme parmi nous, il y a des Esprits trompeurs, toujours pr�ts � se parer de titres ou de m�rites auxquels ils n�ont aucun droit, afin d�en imposer au vulgaire.

Il faut donc s�attacher bien plus au fond m�me de la communication qu�au nom qui la termine. A l��uvre on juge l�ouvrier. Les Esprits �lev�s, pour se faire reconna�tre, au lieu des noms qu�ils portaient sur la terre, adoptent volontiers des termes all�goriques.

En principe, les noms et les titres n�ont pas, dans l�Au-del�, l�importance que nous y attachons. Les jugements de l�espace ne sont pas ceux de la terre, et bien des noms qui brillent dans l�histoire humaine s��clipsent dans l�autre vie. Les �uvres d�orgueil y tiennent peu de place ; seules, les �uvres de d�vouement, de charit� et d�amour y constituent des titres durables. Ceux qui les ont �difi�es n�ont pas toujours laiss� leurs noms dans la m�moire des hommes. Ils ont pu passer obscurs, presque inconnus ici-bas, mais la loi divine a consacr� leur existence, et leur �me rayonne d�un �clat que bien des Esprits, r�put�s grands parmi nous, sont loin de poss�der.

Il y a, dans les basses r�gions de l�espace, comme sur la terre, des Esprits sophistes, qui aiment � pr�senter leurs conceptions sous le couvert de noms retentissants. Chez eux, l�erreur se dissimule sous des formes graves ou s�duisantes, qui font illusion et n�en sont que plus dangereuses. C�est surtout dans ces cas que notre jugement doit s�exercer. Nous ne devons pas adopter les vues d�un Esprit, simplement parce qu�il est Esprit, mais seulement si elles nous paraissent justes et bonnes. Nous devons discuter et contr�ler les productions de l�Au-del� avec la m�me libert� d�appr�ciation que celles des auteurs terrestres. L�Esprit n�est qu�un homme d�livr� de son corps charnel ; par la mort, il n�acquiert pas l�infaillibilit�. L�espace qui nous entoure est peupl� d�une foule invisible peu �volu�e. Mais, au-dessus d�elle, il est de hautes et nobles intelligences, dont les enseignements doivent nous �tre pr�cieux. Nous pouvons les reconna�tre � la sagesse qui les inspire, � la clart� et � la grandeur de leurs vues.

Une objection nous est faite quelquefois. Plusieurs groupes �voquent le m�me Esprit et obtiennent, au m�me moment, des messages sign�s de lui. Faut-il toujours voir l� une supercherie ? Non ! nous savons que la puissance de la pens�e s�accro�t avec l��l�vation de l�esprit et son rayonnement peut embrasser une vaste �tendue. L��me, parvenue � un haut degr� d�avancement, devient un foyer puissant, dont les radiations peuvent p�n�trer partout o� un appel, une �vocation se produit. C�est ce qui a d� faire croire, en certains cas, au don d�ubiquit�.

L�insuffisance de certaines communications ne provient pas seulement de ceux qui les dictent ; on peut encore l�attribuer au manque d�aptitude, de savoir, de connaissances du m�dium qui les re�oit. Des Esprits, de r�elle valeur se trouvent parfois r�duits � employer des instruments tr�s imparfaits, au moyen desquels nous ne percevons que des manifestations affaiblies de leur pens�e, de faibles reflets de leur g�nie.

Dans la g�n�ralit� des cas, des m�diums imparfaits ne r�ussissent � transmettre que des communications m�diocres, sous le rapport du langage et de la richesse des id�es, mais il est aussi d�admirables organisations m�dianimiques qui se pr�tent avec une facilit� tenant du prodige aux intentions de l�Esprit. Nous avons vu � Paris, chez la duchesse de P... et en d�autres milieux, un jeune m�dium f�minin, Mlle J. D. qui, dans une obscurit� presque compl�te, couvrait, en un temps tr�s court, de nombreuses pages d�une �criture rapide et serr�e. Ces messages avaient toujours trait aux plus hautes questions de philosophie et de morale. Dans un style plein de grandeur, ils exprimaient les plus nobles pens�es. C��tait un charme profond d�en entendre la lecture et, quoique toute signature en f�t absente, ils �manaient, � n�en pouvoir douter, des plus brillantes intelligences de l�espace.

Les contradictions que pr�sentent certains messages entre eux et la raret� des preuves d�identit� sont aussi de grandes causes d�incertitude. Par exemple, des communications sign�es de nos proches n�offrent pas toujours le caract�re d�authenticit� qu�on aimerait � y rencontrer. Beaucoup d�incoh�rences doivent �tre attribu�es aux obstacles rencontr�s par les manifestants, bien plus qu�� l�intention de tromper. Si ceux que nous appelons manquent d�aptitude, ils doivent recourir � des interm�diaires, � des Esprits plus exp�riment�s, qui prendront leur nom afin de rendre la communication plus intelligible ou plus efficace. De l�, certaines inexactitudes ou d�fectuosit�s imputables aux transmetteurs.

Nos moyens de perception, d�investigation, de contr�le, sont encore faibles et, dans la plupart des cas, nous ne faisons rien de ce qui est n�cessaire, comme m�thode d�entra�nement psychique et moral, pour rendre la communication plus parfaite.

Chez le m�dium inspir�, la raison doit faire �quilibre � l�intuition. Celle-ci est toujours s�re et f�conde, quand elle provient des �mes �lev�es ; elle est parfois d�cevante et dangereuse, lorsqu�elle �mane d�Esprits d�ordre inf�rieur, dont les id�es et les jugements sont erron�s.

En ceci, comme en tout ce qui concerne nos rapports avec le monde occulte, il n�est qu�une r�gle : se spiritualiser.

La mati�re est comme un mur qui se dresse entre nous et l�invisible. Par tous les moyens, cherchons � en att�nuer l�opacit�. Pour cela, il faut faire appel aux Etres sup�rieurs et, par les radiations de nos �mes, faciliter la communion avec eux. N�usons qu�avec respect et d�sint�ressement des facult�s qui nous sont accord�es, c�est-�-dire ne les utilisons jamais pour des causes ou des int�r�ts mat�riels, mais seulement en vue de notre bien moral. Plus le m�dium se d�tache des influences terrestres, plus ses facult�s grandissent et s�affinent.

 

L��criture m�dianimique rev�t parfois les formes les plus bizarres. Alors qu�en dehors de l�influence occulte, les m�diums seraient incapables d��crire dans ces conditions, certains obtiennent de l��criture renvers�e, autrement dite � �criture en miroir �, lisible seulement au moyen d�une glace. D�autres �crivent � rebours, de telle sorte qu�il faut lire leurs productions en sens inverse, les phrases commen�ant par la derni�re lettre et finissant par la premi�re.

Dans les Proceedings de la S. P. R., Fr�d�ric Myers cite le cas suivant :

� La veuve d�un clergyman niait absolument l��criture automatique. � � J�aurais beau, disait-elle, tenir un crayon jusqu�� la consommation des si�cles, ma main n��crira jamais que ce que j�aurai voulu. � Sa main entra bient�t en mouvement tandis qu�elle d�fiait l�Esprit d��crire son nom et raillait son impuissance � le faire. C��tait un peu illogique, puisque sa main �tait d�j� vaincue par le mouvement, en d�pit de ses efforts pour l�immobiliser. Cependant elle griffonnait malgr� elle des lignes incoh�rentes, qu�une r�sistance voulue rendait absolument m�connaissables. Enfin elle abandonna le crayon, chantant victoire. Mais voici la ruse. Quelqu�un ayant eu l�id�e de pr�senter le papier � la glace, chacun put lire : - � Unkind, my name is Norman. � (M�chante, mon nom est Norman.) Il est �vident que la volont� hostile du sujet aurait emp�ch� ce trac� si l��il avait pu suivre la formation des caract�res dans leur sens normal[21]. �

A cet ordre de ph�nom�nes se rattache tout un ensemble de travaux que nous ne saurions passer sous silence. Il s�agit de dessins ex�cut�s, soit � la plume, soit au crayon, par des personnes n�ayant aucune notion du dessin. Elles couvrent le papier de feuilles, de fleurs �tranges et gracieuses, aux teintes �clatantes, d�arabesques, d�animaux, tant�t de pure fantaisie, tant�t imitant la flore ou la faune de plan�tes lointaines.

Victorien Sardou obtint des gravures repr�sentant des constructions id�ales. Hugo d�Al�si crayonna des portraits de d�funts reconnus ressemblants. H�l�ne Smith, tout en ignorant la peinture, a peint des tableaux qui impressionnent. Rosa Agullana et Segundo Oliver obtinrent des dessins troublants, des ornements, des fleurs, des figures bizarres, ou ex�cut�rent des travaux charmants. On peut dire que la m�diumnit� se pr�te � mille oeuvres vari�es. Un bon m�dium est comme une lyre qui vibre sous l�impulsion des Esprits.

Au Congr�s spirite tenu � Paris, en septembre 1900, rue d�Ath�nes, un certain nombre de ces oeuvres avaient �t� group�es dans une salle sp�ciale et soumises � la curiosit� du public.

Une s�rie de portraits obtenus automatiquement par M. Fernand Desmoulins, peintre de talent, tr�s connu dans le monde parisien, attiraient particuli�rement l�attention, il y avait l� des figures de r�ve et d��pouvante, dont la vue causait un certain malaise ; des profils d�licieux, au m�lancolique sourire ; des t�tes de supplici�s, exprimant une douleur horrible ; des visages d�une intensit� d�expression extraordinaire, aux regards interrogateurs ou suppliants.

Ces dessins avaient �t� ex�cut�s, tant�t de biais, plus souvent � l�envers, quelquefois dans l�obscurit� ou les yeux ferm�s, sous l�empire d�une volont� �trang�re, celle d�un invisible qui signe : � l�instituteur �.

M. Desmoulins met de dix � vingt minutes � produire ces dessins, alors qu�il lui faut cinq ou six jours pour composer un des siens. Sa main crayonne avec une rapidit� vertigineuse, sans qu�il ait la moindre conscience de ce qu�il fait. Il la regarde aller, curieusement. Il le dit lui-m�me[22] :

� Elle travaille � la mani�re de Rodin. Souvent, elle est entra�n�e avec la rapidit� de l��clair, dans une sorte de tourbillon ou de giration fulgurante. Courbes, volutes et lignes droites ; yeux, nez, bouche et cheveux, tout est trac�, dessin�, ombr� en un rien de temps. Un portrait fait � l�envers repr�sente une vieille femme au visage contract�, appuyant sa main sur son front. Or, je commen�ai par dessiner le bras � l�envers, et comme il m��tait naturellement impossible de reconna�tre que je dessinais un bras, je cherchai quel pouvait bien �tre l�objet que je crayonnais. �

� Quand l�Esprit veut proc�der, par notre interm�diaire, � certaines retouches, voici comment il s�y prend : Mon crayon, inconsciemment, trace d�abord un petit cercle sur une partie d�termin�e du visage, celle qu�il d�sire modifier, puis la pointe de mon crayon se trouve conduite en dehors de la partie dessin�e, dans un coin du papier, o� elle �crit : efface. Je sais ce que cela veut dire ; avec ma gomme j�efface la partie entour�e d�un cercle et je reprends mon crayon.

� Il aime surtout � m��tonner. C�est ainsi qu�il m�a fait ex�cuter plusieurs fois, devant des tiers, des portraits de personnes que je n�avais jamais vues, et qui se trouvaient �tre, soit des parents, soit des amis (d�funts) des gens qui m�entouraient et qui m�imputaient, non sans �tonnement, ces sortes d�instantan�s de l�invisible.

� Je n�ai, moi l�exact et le scrupuleux, aucun rapport avec cet � instituteur � extravagant, qui fait un portrait en commen�ant par o� on finit, sans se soucier o� il mettra les yeux, le nez et la bouche. �

Ainsi s�affirme, sous mille formes, �tranges, vari�es, inattendues, la communion, du visible et de l�invisible, la collaboration de l�homme et de l�Esprit. Et par l� nous apprenons que la mort est vaine. Toutes les �mes agissent et travaillent, aussi bien hors de la chair que dans la chair. La vie a des aspects diff�rents, mais pas de fin !

 

[1] Leymarie, �dit., 1857.

[2] Voir Compte rendu du Congr�s spirite et spiritualiste de 1900, p.186

[3] Voir notamment The Spirilualist, de Londres, 21 septembre 1877 ; Light, du 3 f�vrier 1900 ; Revue spirite, Paris : num�ros de juin, juillet, ao�t, septembre, novembre, d�cembre 1900. Voir aussi EUG. NUS, Choses de l'autre Monde, pp. 833, 3.36.

[4] OXON, Psychography, chap. II, traduction Dusart. Voir aussi The Spiritualist, 1876, II, p. 162, avec le fac-simil� de l'�criture.

[5] ERNY, le Psychisme exp�rimental, p. 50.

[6] Voir Moniteur spirite et magn�tique. Paris, 15 juillet 1899.

[7] 3� �dition, pp. 340 � 378. O. Doin, �diteur. Paris, 1891.

[8] Voir le Compte rendu du Congr�s spirite et spiritualiste de 1900, p. 201, et les Annales psychiques de 1898, avec les fac-simil�s de l'�criture sur ardoise et de celle de Mlle Moutonnier.

[9] Voir plus haut, chap. X, p. 132.

[10] W. CROOKES, Recherches sur les ph�nom�nes du spiritualisme, p. 147.

[11]CARDAN, De Rerum varietate, VIII, passim.

[12] CARL DU PREL, Der Spiritismus, p. 44. Cit�, par AKSAKOF, Animisme et Spiritisme, p. 325.

[13] Communication en fran�ais dans le texte.

[14]Voir, pour autres d�tails, Annales des Sciences psychiques, novembre 1907, et Revue scientifique et morale du Spiritisme, mars 1911.

[15] Enseignements spiritualistes, section IV, p. 57. Leymarie, �dit. Voir aussi Revue scientifique et morale, ao�t et d�cembre 1899, et Revue spirite, juin 1902, trad. Dusart.

[16]Paris, Ghio et Fischbacher, �diteurs.

[17] Paris, Leymarie, �dit.

[18]Paris, Leymarie, �dit.

[19] Pages 92 et suivantes.

[20]Voir le Compte rendu du Congr�s spirite et spiritualiste de paris, 1900, p. 185.

[21]Voir Revue scientifique et morale du Spiritisme, juin 1906.

[22]L'�clair, du 10 octobre 1900.

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